Ils exigent la suspension des pesées à l’essieu, de la taxe routière et la limitation des postes de contrôle. Les conducteurs de gros-porteurs observent une grève illimitée sur toute l’étendue du territoire national.
Le mouvement est apparemment bien suivi. À Bamako aucun camion-remorque n’a circulé samedi et dimanche. De Niamana à Baguinéda, les remorques sont stationnées partout et les longues files habituelles de gros-porteurs ont disparu à l’entrée de Samé (Commune III du district de Bamako). "De Zégoua à Diboli en passant par Bamako, le mouvement est bien suivi. Beaucoup d’engins sont également stationnés sur le territoire sénégalais présentement", a confié Yacouba Koné, le chef parking des gros-porteurs.
Le motif du mouvement ? À la suite à sa réunion du 2 mars dernier, le groupement des transporteurs routiers a arrêté trois grandes revendications : la suspension des pesées à l’essieu, la suppression de la redevance (taxe routière) et la limitation des postes de contrôle en respectant les taxes communautaires. Ces doléances ont été déposées au ministère de l’Équipement et des Transports qui disposait de 72 heures pour y apporter une suite favorable. Faute d’un accord au terme au de ce délai, les transporteurs ont déclenché mardi dernier une grève illimitée souligne Yacouba Koné.
La particularité de ce débrayage, c’est la détermination des transporteurs, disposés à payer le salaire des chauffeurs durant tout le temps que durera le mouvement de grève, souligne notre interlocuteur. S’agissant de la première revendication, les transporteurs estiment que les pesées à l’essieu sont des occasions où s’opère du « vol à grande échelle ». "Ce sont des endroits où l’on vous verbalise même quand vous êtes en règle. Nous avons fait l’amère expérience en faisant monter sur la bascule un camion dont toutes les bâches avaient été retirées.
Quelle ne fut notre surprise, lorsque la machine a affiché un dépassement de poids de plusieurs kilos. Nous avons signalé le phénomène aux gendarmes chargés de la surveillance du poste, mais jusqu’à ce jour le système n’a pas changé" déplorent les chauffeurs des gros-porteurs qui s’insurgent contre ces pratiques qu’ils considèrent comme suspectes.
Concernant la taxe routière, elle est payée annuellement par chaque conducteur et sert à l’entretien des routes. Avec l’instauration du péage qui sert également à réparer les routes, la taxe routière devait disparaître, argumentent les transporteurs.
Les deux taxes sont indûment perçues aujourd’hui au grand dam des grévistes. La troisième revendication concerne la limitation des postes de contrôle en respectant les taxes communautaires, une décision de la CEDEAO qui est rentrée en vigueur partout sauf au Mali. "Au Burkina Faso, quand vous passez un contrôle à Hèrèmakono (frontière), vous roulez jusqu’à Ouagadougou sans aucun autre contrôle. Idem au Sénégal. Mais au Mali, les postes de contrôle poussent comme des champignons. Prenons la route Zégoua-Bougouni-Bamako. Il y a un contrôle à Zégoua, deux à l’entrée et à la sortie de Sikasso. Suivent ensuite ceux de Niéna, N’Kourala, Zantiébougou, Bougouni, Ouélessébougou, Sanankoroba et Sénou. À chaque poste de contrôle, il faut absolument mettre la main à la poche. Dans ces conditions, il est difficile de s’en sortir" se plaint le responsable du parking des gros-porteurs.
Période transitoire.
« Trop, c’est trop ! », fulminent les transporteurs, qui décidés à pousser la grève jusqu’à la satisfaction de leurs doléances. Malheureusement cette grève du groupement des transporteurs routiers intervient au moment où notre pays prépare sa participation, à Ouagadougou, à la réunion des experts sur l’application de la limitation de la charge à l’essieu prévue cette semaine.
Un rappel : l’application de la limitation de la charge à l’essieu entrera en vigueur à partir du 30 juin prochain dans tous les pays de l’UEMOA. A partir de cette date, toute charge de marchandises à destination ou en provenance de notre pays ne doit pas être supérieure à 11,5 tonnes à l’essieu. C’est le 23 mai 2009 que les ministres en charge des transports des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine et du Ghana ont signé à Ouagadougou, l’acte relatif à l’application de la charge à l’essieu dans tous les pays de l’organisation sous-régionale.
Notre pays qui est le plus éloigné des littoraux, en comparaison avec les deux autres États continentaux de l’UEMOA (Niger et Burkina Faso), a émis des réserves sur l’application immédiate de cette mesure. Suite à plusieurs rencontres que le département en charge des transports a eues avec les responsables de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali (CCIM), du Conseil malien des chargeur (CMC) et ceux du Conseil malien des transporteurs routiers (CMTR), il a été convenu d’appliquer pendant la période transitoire les 14 tonnes à l’essieu. En attendant la date buttoir du 30 juin 2010 tous les acteurs se sont engagés à informer et sensibiliser les transporteurs.
Mercredi dernier, lors d’une rencontre entre le secrétaire général du ministère de l’Équipement et Transports, Malick Alhousseïni, et les responsables du CMTR, du CCIM et du CMC, les participants ont unanimement condamné la grève du groupement transporteurs routiers dont les représentants n’ont pas répondu à l’invitation.
Malick Alhousseïni avait expliqué que le département allait tout mettre en œuvre pour privilégier les intérêts de notre pays. "Nous sommes en train d’évaluer la période transitoire et il est important que tous les acteurs du transports prennent part pour l’application correcte de décision de l’UEMOA" a indiqué le secrétaire général du ministère de l’Équipement et Transports. "C’est une surprise pour nous, car nous sommes en train d’évaluer l’application des 14 tonnes à l’essieu et préparer la réunion de Ouagadougou" a indiqué Youssouf Traoré, président du CMTR. "
« L’application de la charge à l’essieu est obligatoire pour notre pays. Car c’est une décision communautaire. Il nous reviendra de bien préparer la rencontre de Ouagadougou et apporter des propositions concrètes sur le cas particulier du Mali" a indiqué pour sa part Babalaye Daou, président du Conseil malien des chargeurs.
Demba Coulibaly, Souleymane Doumbia
L’Essor du 15 Mars 2010.
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Transport routier : Les gros-porteurs boudent les postes de pesage
Les postes de contrôle de Kasséla, Sanankoroba et Kati servent aujourd’hui de terminus aux transporteurs routiers, en grève depuis mercredi. Ils exigent la satisfaction de leurs revendications dans un délai de 72 h, faute de quoi une grève illimitée sera décrétée.
Les transporteurs routiers revendiquent la suspension du pèse essieux, la limitation de la redevance (taxe) et la limitation des postes de contrôles en respectant les textes communautaires. Dans une lettre adressée au président du Conseil malien des transporteurs routiers (CMTR), les grévistes avaient demandé une suite favorable à leurs revendications dans les 72 h.
Samedi, au poste de contrôle de Kasséla, des camions et autres véhicules de transport étaient immobilisés. Un cortège de véhicules était visible sur une distance de plusieurs kilomètres jusqu’à la nouvelle Zone industrielle de Dialakorobougou depuis mercredi déjà.
Les grévistes rencontrés sur les lieux parlent de redevances multiples et des tracasseries auxquelles ils sont soumis tous les jours. Selon Abdoul Karim Diakité, conducteur de citerne sur l’axe Bamako-Ghana : "Trop, c’est trop, la patience a des limites. Tout au long du voyage, nous sommes confrontés à des problèmes relatifs à la charge à l’essieu, sans compter les petits postes de contrôle où nous payons 1000 F CFA sinon plus. Déjà au poste de Niamana, aucun transporteur ne peut passer sans payer au minimum 5000 F CFA. Même si vos papiers sont au complet et le véhicule en bon état, les policiers trouvent toujours un prétexte pour vous faire payer", a-t-il dit.
Un autre transporteur affirme qu’à l’installation des postes de péages et pesages, il avait été dit que l’argent collecté contribuera à réparer les routes qui sont en mauvais état. Cela n’a pas été fait selon ses constats. "De nos jours, les routes sont restées dans leur mauvais état habituel. Alors où va l’argent des péages et des pesages ?" s’interroge Mohamed Traoré, camionneur routier sur l’axe Bamako/Sikasso.
M. Traoré soutient que les Maliens sont victimes des tracasseries sur leur propre territoire et dit qu’ils ne vivent pas le même calvaire ailleurs. "A chaque poste de contrôle on est obligé de payer, au risque de passer une semaine sur la route", se plaint-il. Il va jusqu’à dénoncer le dysfonctionnement des postes de péage à l’essieu.
Pour certains, les machines de pesage ne sont pas en bon état et pour d’autres, les agents de ces postes les volent consciemment. Un autre transporteur témoigne qu’un agent lui a fait payer 40 000 F CFA alors que le véhicule était vide.
Lors de la conférence de presse organisée le 10 mars pour la circonstance, par le ministère de l’Équipement et des Transports, le président du Conseil malien des chargeurs, Ousmane Babalaye Daou, avaient assuré les transporteurs que des mesures seront prises pour trouver des solutions aux problèmes posés par la charge par l’essieu à l’ensemble de la communauté des transporteurs.
Anne-Marie Kéita
Les Échos du 15 Mars 2010.
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